LA VOIE DE LA SOUPLESSE

Écoute en direct
Sauvegarde sur disque dur
Au besoin, consultez le

Dictionnaire universel francophone en ligne

Un matin d'hiver, il y a très, très longtemps, le philosophe japonais Shirobei Akiyama réfléchissait à un problème. Il eut réfléchi à ce problème depuis l'aube et maintenant il allait préparer son dîner. Il se sentait énervé. Tout à coup il eut envie de se promener un peu et de respirer de l'air frais. Alors le philosophe s'enveloppa de son mieux en un manteau de fourrure, ses pieds bien secs dans ses bottes de cuir, sa tête à peine visible sous un grand chapeau de laine, et il sortit de chez lui. La neige tombait abondamment, de grands flocons blancs et lourds et le paysage qu'il connaisait si bien était transformé par un manteau lisse et étincelant. Il choisit son chemin favori et marcha lentement, poussant avec ses pieds la neige profonde qui couvrait le petit sentier. Tout était silencieux; point d'oiseau ne se hasardait sous les nuages gris; les champs étaient déserts. Il était seul.

Tout en marchant, il réfléchissait à ce problème bien mondain qui l'avait préoccupé toute la matinée. Ce problème était le suivant. En luttant avec un adversaire de sa propre taille, il se trouvait souvent dans une impasse: ni l'un ni l'autre ne pouvait repousser la personne en face. Contre quelqu'un plus grand que lui c'était pire: il avait beau pousser, l'autre l'écrasait à coup sûr. Comment alors sortir victorieux? Il dirigea ses pas vers le bois. De temps en temps le silence hivernal était ponctué par un craquement sec et une branche d'arbre, écrasée sous le poids de la neige qui se posait sur elle.

Soudain il leva la tête et vit devant lui un saule. La neige s'accumulait sur ses branches; mais au fur et à mesure que le poids de la neige augmentait, les branches du saule cédaient doucement et se pliaient au sol, jusqu'au point où le lourd chargement de neige glissait par terre. Débarrassées du poids, les branches retournèrent ensuite à leur position initiale comme si de rien n'était. Le philosophe regarda, étonné par cette leçon simple que lui donnait l'arbre. Tout de suite il retourna chez lui et fonda son école qu'il appela yoshin-ryu, ou « École de l'Esprit du Saule ». Et ce fut ainsi qu'une des écoles d'arts martiaux la plus célèbre a été lancée.

Quelques siècles plus tard, vers la fin du dix-neuvième siècle, les principes de cette école furent étudiées par un jeune homme du nom de Jigoro Kano, qui les inclut dans son nouveau système qu'il appela « La Voie de la Souplesse », ou, en japonais, judo.